C’est quoi, un entraîneur provincial ?

Dans le football, il y a les joueurs, les balaises, les stars. Il y a aussi les amateurs, ceux qui jouent dans les toutes dernières divisions. Et pour coacher ces derniers, il faut des entraîneurs. Des mentors amateurs qui rêvent de grimper les échelons. C’est quoi, un entraîneur provincial ?

– De la passion. Beaucoup plus que certains joueurs. Et peut-être même que des pros.

– De l’ambition. Bon d’accord, tu es aujourd’hui en P3. Mais peut-être auras-tu un jour ta chance en D3, ou D2. Qui sait.

– Un objet fétiche. Un pull du Standard, une casquette ou un chewing-gum: ces objets sans lesquels il est impossible de gagner.

– Des entraînements préparés. Mais vu la motivation des joueurs, 5 tours de terrain et un petit match suffiront.

– Des déclarations chocs. Dans la presse, en début de saison, c’est « objectif tour final« . En janvier, c’est « préparation de l’an prochain« .

– Un fils joueur. Il arrive souvent que le coach soit accompagné de son rejeton. Et comme il est le meilleur, il joue. Point barre.

– Un passé de joueur. Il t’arrive de raconter à tes joueurs comment c’était à ton époque: pas d’eau chaude, terrains gelés, etc. Mais tu comprends vite qu’ils s’en foutent.

– Des amis. Mais pas que. Il y a des confrères avec qui ça passe bien. D’autre, vachement moins.

– Des chouchous. Il y a toujours 2, 3 joueurs qui sont sûrs de leur place. Même s’ils sont suspendus.

– Des après-matches. Avant d’être entraîneur, tu étais joueur. Tu sais ce que c’est, la troisième mi-temps, donc. Même mieux que tes « gamins » de joueurs.

– De la bouteille. Tu as été joueur, joueur-entraîneur, entraîneur de jeunes, scout et T2. Maintenant, c’est la place de numéro 1 qui t’intéresse. Et plus rien d’autre.

– De l’investissement. Bien dans ton club, c’est toi qui organises les soupers baguettes, les tournois de sixte, les soirées bières spéciales ou même les brulages de culottes.

– Être polyvalent. Tu es entraîneur, mais aussi manager, kiné, recruteur, jardinier, directeur marketing. Et même parfois assistant social ou psychologue.

– De l’affection. Des bisous, des câlins, des tapes sur les fesses, des clins d’œil: les relations coach-joueurs sont mimis.

– Des coups de mous. Plusieurs fois sur une saison, des envies de tout arrêter. Mais que faire d’autre les dimanches ?

– Être bien équipé. Un beau tableau, des aimants en forme de joueurs, des sticks de couleurs, un chrono, un porte-bouteille, et un joli brassard. Mis au poignet. La classe.

– Du stress. Sur le bord de terrain, c’est l’angoisse. Du coup, le chewing-gum souffre, le terrain est piétiné et l’herbe arraché. Tout ça pour un nul.

– Des derbies. Pour un entraîneur provincial, chaque match, ou presque, est spécial. « Mes anciennes couleurs« , « le grand rival« , « l’entraîneur d’en-face est mon beau-frère« , « ils nous ont critiqué dans la presse« , « ils sont mauvais et si on perd c’est la gène« .

– Une compagne courageuse. Être T1, même en provinciales, ça demande du temps et de l’investissement. Du coup, Madame, à la maison, a bien du mérite.

– Une bonne gestion de la presse. « On joue match après match« , « Chaque rencontre est une rencontre de Coupe« , « On y va pour gagner« . Plus bateau, tu meurs.

– Changer de club. Rares sont les « Guy Roux » du football provincial. Un entraîneur, à ce niveau, c’est en moyenne 4, 5 clubs sur une carrière.

– Être tortionnaire. En été, sous 40°, tu fais courir. En hiver, à -15°, tu fais courir. Et celui qui met ses mains dans ses manches fait 5 tours en plus. Lopette va.

– Des discussions d’après-match. Et elles sont inévitables, après la rencontre, à la buvette, avec les quelques derniers vieux supporters du club.

– Avoir pris des cours d’entraîneur. Mais une fois. Parce que ça ne servait pas à grand chose, en P3.

– De l’émotion. Un renversement de situation, un changement payant, une victoire ou un titre. Des moments particuliers qu’on n’oublie jamais.

– Jouer avec un libéro. D’ailleurs, ce sont sans doute les derniers entraîneurs à le faire. Défenseur d’espèce en voie de disparition.

– Des consignes louches. « Jouez dans les intervalles« , « Décroche! », « Jouez football« , « Emmène! », « C’est dans les têtes que ça se joue maintenant« , « Tenir! », « C’est 0-0« .

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10 réflexions sur “C’est quoi, un entraîneur provincial ?

  1. Panda dit :

    « Lobjectif tour final » en début de saison en P3 est l’un des deux seuls objectifs cité par les coaches: ceux qui visent le titre mais préfèrent rester prudent et ceux qui n’ont peut-être pas l’équipe pour jouer les premiers rôles mais qui se veulent ambitieux.
    L’autre seul objectif annoncé est « espérer terminer dans la colonne de gauche »: il y a toujours les coaches prudents qui joueraient bien le tour final. Et il y a ceux qui savent bien qu’ils joueront les derniers rôles, mais vu qu’il n’y a pas de descendants, ils sont obligés de choisir l’objectif juste au-dessus du maintien…

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  2. MERCIER Alain dit :

    Pas mal vu dans l’ensemble, surtout : » Tu es entraîneur, mais aussi manager, kiné, recruteur, jardinier, directeur marketing. Et même parfois assistant social ou psychologue. » Il faut encore peut-être ajouter sophrologue… Merci Bastien pour cette plongée dans le milieu des entraîneurs amateurs.

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